Nous ne voulons pas de votre IA, Mr Vance
Un édito de Pierre-François Lovens.

- Publié le 11-02-2025 à 23h58

Le Sommet pour l'action sur l'intelligence artificielle (IA), qui s'est tenu lundi et mardi à Paris, n'aura pas permis de dégager une position commune en faveur d'une IA ouverte, durable, inclusive, éthique et au service du bien commun. Emmanuel Macron, initiateur et hôte de l'événement, ne se faisait probablement aucune illusion. Depuis le retour de Donald Trump à la tête des États-Unis, le président français a bien compris qu'il ne fallait pas trop compter sur l'administration républicaine et son "gourou" Elon Musk pour faire avancer la cause d'une gouvernance mondiale de l'IA.
Le vice-président J.D. Vance, dépêché à Paris pour défendre la vision trumpienne de l'IA, a pris soin de se désolidariser de l'appel lancé par Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi, co-président du sommet, en faveur d'une IA responsable et durable. À rebours d'une Europe (enfin !) décidée à accélérer ses investissements dans l'IA, J.D. Vance a été très clair : l'unique préoccupation de l'administration Trump est de maintenir le leadership technologique des États-Unis et de combattre tout ce qui peut émane de "régimes autoritaires" (la Chine, en clair).
Face à une telle vision manichéenne dictée par Washington, plusieurs leaders politiques — Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen, Antonio Guterres, Narendra Modi… — ont, fort heureusement, défendu une autre vision de l'IA. Une troisième voie, comme certains la qualifient, où l'IA est encadrée, respecte la vie privée et la créativité des auteurs, est accessible et utile au plus grand nombre (entreprises, chercheurs, enseignants, étudiants…), efficiente (sur le plan énergétique, en particulier), transparente (en privilégiant les modèles "open source") et collaborative (en encourageant les partenariats public-privé).
Moyennant le respect de ces quelques règles élémentaires, l'IA pourra devenir un formidable outil de progrès dans des domaines aussi essentiels que la santé, l'éducation, l'énergie ou la mobilité, pour n'en citer que quelques-uns.
Il s'agit, plus que jamais, d'œuvrer et d'investir dans une IA alignée sur nos valeurs et nos intérêts. N'en déplaise au porte-voix de Donald Trump.