Groenland : comment calmer le jeu ?
Contrairement à ce qui était initialement prévu, le vice-président américain J.D. Vance a décidé d'accompagner sa femme Usha au Groenland. Suite aux protestations du Groenland et du Danemark, le couple a décidé de limiter son déplacement à la base spatiale américaine de Pituffik, annulant les visites prévues sur des sites historiques et les rencontres avec des habitants. Les chroniqueurs font le point.
Faire valoir la compréhension et le respect
Berlingske espère un signal de la maison royale danoise :
«Les gouvernements du Groenland et du Danemark pourraient demander au roi Frédérik de se rendre au Groenland, si possible vendredi. ... Par sa présence, le roi soulignerait la souveraineté territoriale du Groenland au sein du royaume. ... Une partie de la réponse adressée aux Etats-Unis devra s'attacher à souligner que le royaume comprend les inquiétudes de Washington. Le Groenland et le Danemark sont naturellement prêts à discuter d'une coopération militaire et sécuritaire élargie, dans le respect de l'intégrité territoriale et de la souveraineté du royaume. Dans les conflits et les oppositions, il faut toujours chercher une issue conciliatrice.»
UE et OTAN doivent réagir
Politiken appelle à opposer aux provocations américaines une réponse claire :
«Il ne faut pas que les réactions se limitent à Nuuk et Copenhague. Bruxelles se doit de témoigner très clairement et très prochainement un soutien sans faille au Groenland et au Danemark. ... L'UE et l'OTAN doivent être aux côtés du Groenland et du Danemark, et défendre inconditionnellement le principe de souveraineté de ces nations. C'est difficile à concevoir, mais Donald Trump a porté la planète à un tel point d'ébullition que plus rien ne semble évident désormais. C'est peut-être ce qui est le plus effrayant dans l'histoire.»
Des visées anciennes sur l'île arctique
Trump n'est pas le seul aux Etats-Unis à nourrir des velléités expansionnistes, croit savoir Karar :
«Même si le Danemark ne prend pas vraiment au sérieux la possibilité d'une conquête du Groenland par la force, celle-ci existe bel et bien. Car un nombre croissant de journaux, le New York Times notamment, soulignent l'importance du Groenland pour les Etats-Unis et livrent à leurs lecteurs des arguments géopolitiques susceptibles de justifier l'approche de Trump. Il ne faudra pas s'étonner si cette thématique trouve bientôt un public plus large, au-delà de la simple base MAGA. En fin de compte, cet intérêt pour le Groenland n'a rien de nouveau. Les Etats-Unis lorgnent déjà sur la région depuis les années 1860. En somme, ils veulent l'acheter.»
L'ordre mondial délibérément mis à mal
Aftonbladet estime que :
«Le week-end dernier, le vice-président Vance a durci le ton à l'égard du Groenland et du Danemark. Sur la chaîne Fox News, il a déclaré que les Etats-Unis pourraient 'prendre le contrôle du Groenland' si le président Trump jugeait cela nécessaire pour la sécurité nationale. Ces propos contreviennent à plusieurs lois et principes internationaux. L'administration Trump le sait, bien sûr. Mais elle en ignore manifestement les conséquences. Usha Vance est une femme intelligente, qui sait parfaitement ce qu'elle fait. Qu'elle contribue, un large sourire aux lèvres, à démanteler l'ordre mondial ne rend les choses que plus dérangeantes.»
Etablir clairement les compétences
Copenhague et Nuuk devraient rechercher le dialogue direct avec le Congrès américain, préconise Berlingske :
«Le gouvernement de Trump repose sur l'idée d'un président disposant de pouvoirs extrêmement étendus. Or la Constitution confère au Congrès et à lui seul, et non au président, le pouvoir de décider de prendre le contrôle d'autres pays par la force. ... Le Danemark et le Groenland doivent agir de concert pour réfréner les provocations de Trump ou les mesures illégales qu'il entend prendre en invoquant la sécurité des Etats-Unis. Il faut établir la communication avec le Congrès des Etats-Unis, et non avec le président – qui n'écoute du reste jamais ce qu'on lui dit.»
Les refouler à la frontière
Jyllands-Posten appelle à agir vite :
«Et si nous mettions sur écoute les téléphones portables de l'épouse de Vance et de sa délégation de haute volée pour rechercher dans leurs échanges des déclarations hostiles envers le Groenland ? Leurs auteurs pourraient alors se voir infliger la même sanction que ce chercheur français récemment renvoyé dans son pays pour avoir sur son téléphone un SMS tournant Trump en dérision. ... [Cette annonce de visite] ne constitue-t-elle pas déjà en soi une raison suffisante, pour Mette Frederiksen et le reste de l'Europe, de tenir tête à Trump ? Et d'exaucer la demande du Premier ministre groenlandais Múte B. Egede de prêter main-forte au Groenland face à une puissance supérieure – une formulation qui fait tristement écho à l'allocution radio du chef de gouvernement hongrois, Imre Nagy, quand des chars soviétiques étaient entrés dans Budapest, en 1956.»