Nétanyahou reçu en Hongrie malgré un mandat d'arrêt
Pour la première fois depuis le début de la guerre à Gaza, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, s'est rendu dans un pays européen. Viktor Orbán l'a accueilli ce jeudi à Budapest, et ce bien que la Hongrie, en sa qualité d'Etat membre de la Cour pénale internationale (CPI), aurait l'obligation d'arrêter Nétanyahou, en vertu du mandat d'arrêt qui le vise. Au lieu de l'arrêter, le gouvernement hongrois a annoncé sa volonté de quitter la CPI.
Orbán se moque du droit international
Budapest n'a aucun scrupule à dérouler le tapis rouge à Nétanyahou, constate Pravda :
«La position du gouvernement hongrois était claire dès le début : elle ne critiquerait pas l'impunité israélienne et n'exécuterait pas les demandes d'extradition de la CPI. La Hongrie a beau avoir signé, en 2002, le statut de Rome instituant la Cour pénale internationale, texte par la suite ratifié par son Parlement, elle a omis de le transposer dans son code pénal. La Constitution hongroise accorde l'immunité aux chefs d'Etat et de gouvernement de pays tiers, même si dans la hiérarchie juridique, le droit international prime sur le droit national.»
Après tout, Friedrich Merz entend faire pareil
L'attitude de la Hongrie envers Nétanyahou n'est pas un cas isolé, analyse hvg :
«Le [futur] chancelier allemand Friedrich Merz avait affiché la même position juste après sa victoire électorale : Benyamin Nétanyahou avait été un des premier chef d'Etats qu'il ait appelé, l'invitant à se rendre en Allemagne. L'Allemagne a ensuite fait savoir qu'elle n'était pas tenue par la décision de la CPI attendu qu'Israël n'était pas membre de l'organisation et que par voie de conséquence, dans le cadre de cette procédure, l'Etat hébreu jouissait de l'immunité. La France, la Pologne et la Roumanie, entre autres pays, ont fait part d'une posture similaire. Ceci remet toutefois en cause l'efficacité et l'autorité de la CPI.»
L'Europe ne doit pas fléchir
Frankfurter Rundschau espère qu'Orbán ne fera pas d'émules parmi les dirigeants européens :
«L'Europe doit être claire pour ne pas prêter le flanc au reproche de double morale. Mais avant tout, elle doit laisser le soin de détricoter le droit international à ceux qui s'en s'ont donné la mission, par exemple l'autocrate russe Vladimir Poutine, le président américain Donald Trump ou d'autres populistes de droite et figures d'extrême droite. Ceci n'empêche pas les Etats européens de continuer de soutenir Israël dans sa défense contre le Hamas. On peut témoigner sa solidarité avec le peuple israélien et s'engager pour le droit à l'existence de l'Etat hébreu, et dans le même temps s'autoriser à critiquer les actes de son gouvernement, qui est en partie d'extrême droite.»
Une visite pour promouvoir le plan de Trump à Gaza ?
La Hongrie se ferait beaucoup d'ennemis en soutenant le plan de Trump pour Gaza, met en garde Magyar Hang :
«D'après le journal Times of Israel, si Nétanyahou rend aujourd'hui visite à Orbán, c'est pour solliciter son soutien pour le projet de Trump à Gaza. ... Nous devrions lentement nous faire à l'idée que Viktor Orbán, grand ami de Donald Trump et de Nétanyahou, puisse cautionner la relocalisation de deux millions de personnes, chassées de chez elles, et la destruction de leurs maisons pour faire place à la construction de casinos et d'hôtels selon la vision trumpienne d'une 'riviera méditerranéenne'. Budapest s'attirerait l'hostilité de tous les Palestiniens et de tous les groupes islamistes sympathisant avec eux, et ce pour plusieurs décennies. Car les intérêts hongrois sont bien entendu toujours la priorité du gouvernement, n'est-ce pas ? »